Il y a des villes où tu marches en ligne droite. Et puis il y a Fès. Un enchevêtrement de ruelles, d’escaliers, de portes en bois et de murs décrépis. Pas de GPS fiable ici. Et ce n’est pas grave. Parce que dans cette médina — la plus grande zone urbaine sans voiture au monde — se perdre fait partie du voyage.
9h00 – Bab Boujloud, la porte vers un autre monde
Commence par le point de repère le plus simple : Bab Boujloud, la majestueuse porte bleue et verte. Devant toi, la médina s’ouvre. Deux artères principales te guident : Talaa Kebira et Talaa Sghira. Suis celle que ton instinct préfère — elles finiront par se recroiser.
Tu n’as rien à planifier. Les parfums d’épices, le tintement des marteaux dans les échoppes, les ânes chargés de marchandises : tout t’embarque. Tu verras des étals de cuir, des lanternes en laiton, des montagnes d’olives et des livres anciens. Chaque ruelle est une histoire.
11h30 – Les tanneries Chouara : choc sensoriel
À un moment, tu vas sentir quelque chose d’âcre. Tu y es presque. Les tanneries Chouara, en activité depuis le Moyen Âge, sont une des expériences les plus brutes que tu vivras. Une odeur de peau, de chaux, de pigments — puissante mais authentique. Les ouvriers plongent jusqu’à la taille dans des cuves colorées, foulant les peaux à la main. C’est dur. C’est beau. C’est vrai.
Astuce : les vendeurs te donneront de la menthe fraîche à sentir si l’odeur est trop forte.
13h00 – Pause déjeuner… à la marocaine
Pour manger, oublie les restos à menus trilingues. Cherche une porte entrouverte, une volée de marches, une terrasse sans prétention. Dans l’une de ces maisons reconverties en petits restaurants, tu trouveras une pastilla croustillante, un tajine mijoté ou un couscous du vendredi (si tu y es ce jour-là). Avec un thé à la menthe, bien sûr.
Le tout pour une somme modique. Mais la vraie richesse, c’est la vue sur les toits de Fès et la médina qui respire en contrebas.
15h00 – Détour mystique : médersa Bou Inania
Il faut que tu entres au moins dans une médersa. La plus facile d’accès ? Bou Inania. Cour intérieure en marbre, zelliges verts, calligraphies sur stuc. C’est un concentré d’art islamique, dans un silence presque sacré. Même si tu n’es pas croyant, tu ressentiras ce calme profond, ce respect des lieux.
17h00 – Perds-toi. Littéralement.
C’est maintenant que ça devient intéressant. Éteins ton téléphone. Oublie la carte. Prends à gauche, puis à droite, puis encore à droite. Accepte de ne pas savoir où tu es.
Tu tomberas peut-être sur un forgeron qui façonne un chandelier. Ou une porte entrouverte sur une mosquée ancienne. Ou un marchand qui t’invite à goûter une figue sèche ou une datte. Les gens sont directs, parfois insistants, mais rarement malveillants.
18h30 – Jardin Jnan Sbil : la respiration verte
Quand l’agitation devient trop dense, il y a une échappatoire : le jardin Jnan Sbil. Palmiers, fontaines, oiseaux. Tu te poses sur un banc. Autour de toi, des familles, des couples, des vieux qui discutent à voix basse. C’est un moment hors du temps. Fès, à ce moment-là, devient douce.
20h00 – Dîner avec vue
Pour finir, cherche un riad ou un rooftop discret dans la médina. Le soleil se couche. Le ciel passe du rose au violet. Tu entends l’appel à la prière résonner d’un minaret à l’autre. Une soupe harira, des briouates croustillantes, un jus d’orange frais — et le sentiment d’avoir plongé dans une ville qui garde ses mystères.
Fès ne se laisse pas prendre en une seule journée. Mais en 24h, tu peux entrevoir son âme. Et ce sera suffisant pour avoir envie d’y revenir.
