Essaouira, c’est un souffle. Littéralement. Le vent y est constant, presque fidèle. Certains râlent, d’autres l’adoptent. Mais il façonne la ville, comme il façonne les dunes, les vagues et les histoires qu’on y vit. Trois jours suffisent pour tomber sous le charme, à condition de ne pas chercher à la dompter. Essaouira se vit au rythme de l’océan.
Jour 1 – Retrouver la mer
Tu arrives par la route, souvent après Marrakech ou Agadir. Dès les premiers instants, tu sens le sel sur ta peau. Les mouettes crient au-dessus du port, les barques bleues tanguent doucement, et les pêcheurs débarquent leur butin. C’est vivant, sans mise en scène. Tu poses ton sac dans un riad blanc aux volets turquoise, et tu pars t’emplir les poumons.
La première étape, c’est le port. Commande un poisson tout juste sorti de l’eau — daurade, sardine, calamar — qu’on grille sous tes yeux. Tu manges à même la table en bois, les doigts qui collent et le soleil sur le front. Après ça, inutile de courir. Tu flânes dans la médina, entre les galeries d’art, les ateliers de marqueterie, et les boutiques d’huile d’argan. Le soir, tu montes sur un rooftop pour un verre. Pas besoin d’un grand discours : la lumière dorée, les embruns et le silence font le reste.
Jour 2 – S’enfoncer dans les ruelles et respirer
Tu te réveilles avec le cri des goélands et l’odeur du pain chaud. Aujourd’hui, tu prends ton temps. Essaouira n’aime pas les gens pressés. Tu te perds volontairement dans les ruelles, observes les détails : une poignée en cuivre ouvragée, une porte en bois peinte à la main, un enfant qui joue à la toupie.
En fin de matinée, direction la plage. Les amateurs de glisse se retrouvent ici, notamment à Diabat ou plus loin à Sidi Kaouki. Si tu n’as jamais surfé, c’est l’endroit parfait pour essayer. Sinon, tu marches. Pieds nus dans le sable humide, tu laisses ton esprit vagabonder. Les chevaux galopent au loin, les chiens dorment à l’ombre des parasols.
L’après-midi, tu prends un café à l’ombre des remparts. Tu écoutes. Essaouira parle doucement : une musique gnaoua dans une ruelle, un vendeur qui fredonne, un silence qu’on n’a plus l’habitude d’entendre. Tu pourrais sortir ton livre, mais tu ne le fais pas. Juste rester là. Être là.
Le soir venu, teste un restaurant plus intimiste. Il y en a plein. Couscous de poisson, tajine d’agneau aux pruneaux, soupe harira — tout a un goût particulier ici. Peut-être est-ce l’air marin. Ou la lenteur. Ou les deux.
Jour 3 – Sortir un peu, mais pas trop
Aujourd’hui, tu prends le large. Pas très loin, juste un peu. Tu loues un vélo ou tu montes dans un taxi pour rejoindre Sidi Kaouki, à une trentaine de minutes. Là-bas, pas grand-chose. Une plage immense, quelques maisons, un ou deux cafés. Et cette sensation d’avoir fui le monde.
Tu te baignes, tu dors sur le sable, tu manges des beignets sucrés. À un moment, tu te dis que tu pourrais rester là une semaine entière. Sans rien faire. C’est un bon signe.
De retour à Essaouira, tu fais un dernier tour dans la médina. Tu salues le vendeur de tapis, tu remercies la cuisinière de ton riad, tu regardes une dernière fois la mer depuis les remparts. Et tu te promets, en silence, de revenir.
Essaouira n’est pas spectaculaire. Elle ne cherche pas à impressionner. Mais elle entre en toi doucement, comme le vent dans les cheveux. Et une fois que tu l’as laissée te traverser, elle ne te quitte plus.
