Agadir. Station balnéaire prisée, ciel bleu presque toute l’année, longues plages bordées d’eucalyptus. Mais si tu cherches de la verdure en plein centre-ville, ton regard risque de se perdre. Car sous ses apparences détendues, Agadir est une ville qui peine à respirer vert.
Et pourtant, elle en aurait tant besoin.
Un héritage fragile
L’histoire d’Agadir est particulière. Après le tremblement de terre de 1960, la ville a été reconstruite à la hâte, dans un style moderne, fonctionnel, parfois brutal. L’urbanisme d’urgence a laissé peu de place aux jardins publics ou aux zones de fraîcheur. Les quelques parcs existants — comme le jardin Ibn Zaidoun ou la vallée des oiseaux — font figure d’îlots isolés dans un océan de béton et d’asphalte.
Ibn Zaidoun, justement, est un cas d’école. Situé en plein centre, c’est l’un des rares vrais parcs de la ville. Pourtant, ses allées craquent sous le manque d’entretien. L’eau y est rationnée, les arbres parfois malades, les bancs tagués ou cassés. Il est vivant, mais fatigué.
Des défis multiples
Le premier défi est évident : le climat. Agadir, avec son climat semi-aride, ne facilite pas la croissance des végétaux. Planter n’importe quoi, n’importe comment, c’est courir à l’échec. Pourtant, pendant des années, la ville a préféré importer des espèces exotiques gourmandes en eau, plutôt que de composer avec la flore locale.
Deuxième défi : l’urbanisation galopante. Chaque année, de nouveaux immeubles sortent de terre. Les espaces verts, eux, stagnent, voire disparaissent. Les promoteurs construisent. Les trottoirs se réduisent. Les arbres s’effacent. Et les enfants ? Ils jouent sur des terrains vagues poussiéreux, faute de squares accessibles.
Troisième défi : l’entretien. Créer un espace vert, c’est une chose. Le faire vivre, c’en est une autre. Beaucoup de petits jardins de quartier sont devenus des friches par manque de suivi. Sans gardiennage, sans arrosage, sans respect des usagers, la verdure meurt à petit feu.
Mais tout n’est pas perdu
Depuis quelques années, quelque chose bouge. Lentement, discrètement, mais sûrement. Des citoyens commencent à se mobiliser. Des associations locales lancent des campagnes de nettoyage, de replantation, de sensibilisation à l’environnement. Des arbres indigènes comme l’arganier, le caroubier ou le mimosa sont réhabilités dans certains projets.
L’université Ibn Zohr, de son côté, a mis en place des initiatives écologiques sur ses campus. Des étudiants y testent des techniques d’irrigation économique ou des jardins partagés. Un souffle neuf.
Et puis il y a les ambitions municipales. Des projets de réhabilitation de parcs ont été annoncés. La vallée des oiseaux, par exemple, a connu une rénovation partielle. D’autres espaces pourraient suivre, si la volonté politique s’y maintient.
Vers un futur plus vert ?
La vraie question, c’est : Agadir veut-elle devenir une ville verte, ou continuer à miser uniquement sur le tourisme côtier ? Un parc, ce n’est pas juste joli. C’est un régulateur de chaleur. Un lieu de rencontre. Un espace pour les enfants, les personnes âgées, les rêveurs, les fatigués.
Il ne s’agit pas d’importer Central Park au cœur du Souss. Il s’agit de repenser la place du végétal dans le tissu urbain. D’accepter que le silence d’un arbre vaille autant que l’animation d’un centre commercial.
En attendant…
En attendant des jours plus verts, les habitants font ce qu’ils peuvent. Certains plantent devant leur porte. D’autres arrosent les fleurs du rond-point. Des enfants inventent des jeux entre les murets, là où l’herbe ne pousse pas.
Agadir a tout pour devenir une ville verte : l’espace, l’énergie, le besoin. Il ne manque qu’une vision. Et un peu d’eau. Et peut-être… beaucoup d’amour.
